agathe joubert

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Ebay : c’est vous! Radio Gaspésie : c’est vous! Mais qui suis-je alors? Yves Rocher m’avait dit d’être moi même alors j’étais bien embêtée. Il parait que Dim dit tout de moi, donc je lui ai posé la question. Il m’a répondu que Renault Laguna était une part de moi même mais que ma vraie nature c’était Balisto. J’ai eu l’impression qu’on se foutait un peu d’ma gueule. J’ai eu l’envie du vrai, alors je suis allée voir elle&vire. On a parlé vrai avec BMCI, jusqu’à ce qu’on découvre que la vie la vraie, elle est chez Auchan. Pour être dans le vrai j’ai du y aller en chevrolet, ça m’a couté un bras mais plus rien m’arrêtait avec compeed et puis j’espérais trouver la vie en route comme c’est une question de priorité. Arrivée chez Auchan axa m’a dit que j’avais tant de choses à vivre. J’ai récla- mé la vie, le meilleur de la vie, on m’a proposé un café dans une maison. A la table y avait forté pharma, l ’expert en vie meilleure. Il m’a mis face à Partners Finance, le générateur de vie meilleure. On m’a proposé trois solutions : 1. Si je veux gouter à la vie, c’est chez Fleury Michon. 2. Il existe des parfums qui changent la vie avec Airwick. 3. Je peux me rediriger vers le coeur de la vie au 8àHuit. J’savais pas quoi répondre, j’ai réclamé un joker, on m’a tendu un jus de fruit en me disant «il y a de la vie dans chaque verre». J’ai pas eu le temps de finir mon verre que j’ai reçu un coup de fil. C’était ma nouvelle vie qui m’appelait. J’suis polie alors j’ai demandé : «Enchantée, comment vous appelez vous?» «Monster. fr.». Ca m’a fait peur, j’ai raccroché, j’me suis rappelé que il n’y a pas que la vraie vie dans la vie, même si j’ai jamais trop compris ce que ça voulais dire. J’ai préféré abandonner la vie pour le bonheur. Tous les bonheurs du monde sont au club med mais j’avais tout pour le trouver au BHV. Tant mieux c’était plus proche. Une fois là bas on m’a dit que le bonheur était dans le vrai. J’ai mangé un yahourt, j’le valais bien. J’étais pas plus heureuse. J’suis allée me plaindre auprès du boss, Hugo, il m’a dit de pas imiter, d’innover. Il était bilingue alors il a ajouté «just do it». J’ai tenté de faire pousser mes idées, de penser différem- ment. Ca marchait pas, j’étais plutôt du genre furax, alors il m’a caressé dans le sens du poil : « vous êtes différente... Vous allez faire des merveilles... C’est pas compliqué le chef c’est vous...La victoire est en vous...On va vous donner le meilleur, carrément... Nous vous devons plus que la lumière.» Je me sentais l’âme d’une championne. Après il m’a arraché les poils qu’il venait de caresser, il voulait révéler la déesse qui était en moi. J’ai laissé parler mes émotions, j’étais scandalisée, il m’a dit « vous y gagnez vraiment».

 


En voilà des ciseaux hors du commun, une bonne paire de ciseaux comme on craignait qu'il ne s'en fasse plus. D'une efficacité exemplaire, cette publicité pour la marque de ciseaux Rembrandt certifie incontestablement qu'elle possède tout ce qu'un consommateur d'exception est en droit d'attendre d'une paire de ciseaux idéale. Afin d'attester le caractère étonament contondant de ses ciseaux, la marque Rembrandt nous donne à voir dans cette publicité un groupe de neufs hommes. Tout ici pousse le consommateur à s'identifier à l'homme situé à droite, qui impose le respect et l'admi- ration des huit autres. Cet homme, le regard vif, dans une pause élégante manie les ciseaux avec aisance, ne jettant pas même un coup d'oeil au bras qu'il charcute avec délicatesse d'un gest quasi-précieux. Deux émerveillés, à sa droite regardent les ci- seaux avec stupéfaction. «Comment des ciseaux peuvent-ils si bien écrêter?».Quatre rêveurs, pensant sans doute à ce que représente une telle avancée dans le domaine du ciseau, ont le regard dans le lointain. Les voilà sans doute dans la lune des amateurs des ciseaux. Un homme nous regarde et semble nous apostropher «Comment donc, connaissez vous une autre paire de ciseau qui soit capable de si bien trancher?». La bouche bée du dernier, à demi-nu, allongé sur la table, en extase, nous pousse à croire qu'on ne l'a jamais ouvert avec tant de douceur, lui qui a très certainement été aupa- ravant tailladé avec un vieil opinel. L'élégante finition de l'objet permet de sabrer avec précision le petit palmaire sans toucher au grand, et en laissant à sa place le rond pronateur qui après tout n'a rien demandé à personne. La marque déposée Rem- brandt nous engage humblement à économiser notre temps mais pas notre argent en investissant dans cette paire de ciseaux. Pas besoin de chercher d'objection dirimante que l'on ne trouverait évidemment pas, ces ciseaux coupent mieux que n'importe quels autres ciseaux et cette publicité en est la preuve ultime. Mais n'oublions pas que «On ne consomme jamais l'objet en soi, on manipule toujours les objets comme signes qui vous distinguent soit en vous affiliant à votre groupe pris comme référence idéale, soit en vous démarquant de votre groupe par référence à un groupe de statut supérieur». Le Rembrandt est immanquablement la Rolex du ciseau. D'ailleurs ne dit-on pas «Qui possède un Mont-blanc possède un Rembrandt»? La marque a donc opté pour une publicité représentant ses valeurs dont la plus célèbre est l'élégance. En achetant une paire de ciseaux Rembrandt, voilà ce que je signifie : je suis un homme blanc, à barbiche, bien dans mes pompes, mis comme un prince, esthète et intellec- tuel et qui vit dans une maison en pierre. Enfin, cette publicité, j'ose le dire, remet intégralement en question l'égalité des hommes entre eux. Car posséder une paire de Rembrandt ne serait-il pas la marque d'une supériorité intellectuelle?